CHAPITRE IV
Pensées au clair de lune… Moutonnement de collines sur un fond de hautes montagnes. Étendues de forêts mouvantes sous les étoiles. Régiments d’arbres montant vaillamment à l’assaut des hauteurs. Çà et là, de petites clairières et des cabanes de bois avec de minuscules lumières jaunes à leurs fenêtres.
Et des pensées dans la nuit. Des pensées de jouissance et de voracité. D’entrain insouciant et rebelle, de bruyante satisfaction. Puis une pensée nette, glacée, furieuse contre les autres. La vie indigène, sur cette planète, était intelligente. Si on lui donnait l’éveil, elle pourrait devenir dangereuse. Il fallait établir un plan. Ce qui avait été fait était judicieux, mais ils n’avaient guère le contrôle que d’une fraction de la planète. Ils n’étaient pas encore assez nombreux pour dominer tous les hommes. Il leur fallait être prudents ! Il leur fallait être sages !
Pensées de moquerie et de bravade. Puis l’accord, dans le calme de l’assoupissement et de la satiété. Oui. Ils devaient se montrer prudents. Mais ces gens, ces « hommes » étaient des proies si faciles ! Ils ne se doutaient pas que l’on pouvait émettre des pensées. Ils ne pouvaient communiquer entre eux que par la parole et leurs pensées étaient faibles et sans portée, il était regrettable que des esprits très forts comme les leurs ne pussent percevoir les idées faibles des hommes. Cependant, ces esprits plus forts pouvaient ainsi communiquer librement entre eux. Et puisque les hommes étaient des proies si faciles…
Des pensées d’assouvissement, infiniment agréables se répandirent au clair de lune. La pensée nette et glacée intervint encore avec colère. Prudence ! Il était nécessaire d’être plus renseignés sur ces hommes avant de se croire en parfaite sécurité ! Tous les hommes n’étaient pas comme ceux dont ils avaient le contrôle. Quelques-uns étaient plus instruits. Beaucoup plus instruits. Ils avaient des véhicules au sol et des vaisseaux de l’air primitifs. Avec leurs machines, ils pouvaient se faire entendre à une grande distance. Ainsi ! un vaisseau de l’air avait fouillé les collines dans la journée pour chercher un homme qui avait sauté d’une embarcation. Il y avait une organisation chez ces humains. S’ils s’associaient…
Une pensée dit tranquillement qu’elle connaissait l’homme qui avait sauté. Il était son…
La pensée hésita, puis avoua avec colère qu’il n’était pas encore asservi. Pas encore. Mais il le serait ! Il était éveillé et furieux quand on lui envoyait des idées. Celles-ci ne s’étaient donc pas encore enfoncées dans son cerveau. Mais on le dominerait !
Dans le clair de lune, la pensée glacée s’éleva avec vigueur. Si l’homme en question se mettait en colère chaque fois qu’on lui envoyait des idées, c’est qu’il connaissait l’existence de la transmission de pensée. On devait donc le dominer immédiatement et l’amener à parler, à raconter dans son langage primitif tout ce qu’il savait au sujet des communications mentales. C’était très important. C’était urgent ! La vie et la (ici, idée de voracité) de tous, pourraient dépendre de ce que savait cet homme.
Le clair de lune était lumineux et paisible. Les arbres balançaient doucement leurs branches dans la brise nocturne. Il y avait de petites clairières dans la forêt, et de petites maisons dans ces clairières, et il y avait un village, en bas, dans la vallée. On trouvait une ville aussi, à quelques milles, où dormaient beaucoup de gens, comme ceux des cabanes de la montagne. Ils étaient pâles et maigres, à croire qu’ils avaient travaillé jusqu’à la limite de l’évanouissement. Mais tous les visages portaient une expression de calme étrange et surnaturel, surtout chez ceux qui dormaient.
Les pensées s’affaiblirent au clair de lune. Mais, soudain, une pensée triomphale éclata, forte et claire. L’homme fugitif, qui avait opposé l’obstacle de la fureur aux idées qu’on lui adressait, cet homme ne résistait plus. Les idées dirigées sur lui ne… (notion inexprimable signifiant qu’elles ne demeuraient pas en suspens). L’homme dormait sans doute. Quand il se réveillerait, il serait définitivement sous contrôle.